Cambodge
Le Cambodge
Après ce petit rodage dans la capitale Thaïlandaise, direction donc au cœur de notre séjour : le Cambodge. En bons visiteurs, bien avisés, nous prenons toutes nos précautions, et lisons attentivement les recommandations du routard. Amis, croyez moi, une fois que vous avez lu ce guide, vous êtes alors soit vraiment très motivés, soit complètement fou pour vous diriger vers cette frontière.
Le chapitre « Santé » est particulièrement vendeur : situation sanitaire déplorable, outre le problème des mines présentes dans les campagnes, la population rencontre les problèmes de paludisme (un des plus résistant au monde), malnutrition, sida, tuberculose et rage (pays le plus touché par la maladie). On vous conseillera donc de porter des vêtements couvrants (alors qu’il fait 35 deg, sans clim.), vous passer de l’antimoustique (avec la transpiration, la poussière et la crème solaire, vous avez une belle pâte sur votre peau … expérience vécue !). Bien sûr, il est interdit de boire de l’eau, de prendre quoi que soit avec des glaçons ou de la glace (toujours très facile quand il fait chaud …), de manger ce qui n’est pas bien cuit ou bouillit. Les aliments sont source de dysenterie, d’amibiase, et si par malheur vous mangez du poulet, n’oubliez pas la grippe aviaire … Le choix du resto est particulièrement important, encore faut-il … avoir le choix.
Fabrication artisanale de glace !
Vous pouvez donc soit avoir chaud, soif et faim, soit tomber malade. Si tel est le cas pas de panique, le meilleur conseil : fuir. Les médecins ne sont pas bons, et les pharmacies vendent des médicaments copiés fabriqués au Vietnam ! Ces contrefaçons peuvent être violentes et dangereuses. A vous de voir …
Enfin vous avez quand même décidé de rester pour profiter de cette nature sublime, … on vous rappellera que la baignade est fortement déconseillée (vous pourriez attraper la bilharziose), que le soleil tape vraiment très fort, de faire attention aux serpents et autres scorpions qui rodent ici !
Mais ce n’est pas si peu de détails qui puissent nous décourager ! Alors en avant Galant !
S’il y a bien une frontière qui illustre le fossé qui sépare deux pays, celle du Cambodge et de
Nous partageons la route avec deux Turcs. De cette grande galère, naît une grande amitié. Devenus inséparables, il faudra plusieurs jours et avoir parcouru quelques centaines de kms avant que notre amie turque ne jette l’éponge, et craque psychologiquement de nous suivre …
Après avoir échangé un bout de nos vies, nous arrivons donc à Siem Reap, ville à la porte d’Angkor, région des fameux temples Khmers. La ville est très sympathique. A l’image du pays, les maisons sont basses, et le centre ville s’articule autour de 3 ou 4 rues assez fréquentées et remplies de restaurants et bars pour touristes. C’est que le site fait du chiffre d’affaire. Les temples d’Angkor, à 8 kms, deviennent une destination privilégiée par de nombreux touristes, et lorsqu’on commence la visite, on comprend pourquoi.
Angkor Wat : temple cambodgien le plus célèbre
Ta Phrom : temple complétement préservé en l'état, et qui laisse voir comment la nature a repris le dessus (décors du film Tomb Raider)
Nous organisons notre visite du site avec un guide de choix : Moni. Moni est un guide très nature, qui s’intéresse plus aux arbres de la forêt et à la reproduction des animaux, qu’aux temples eux-mêmes qui finalement sont tous bien « destroyed » ou « ruined ».
Terrasse des Eléphants
Il a pas tord Moni. On peut pas dire que les Khmers aient été des champions en matière de fondation : tout s’effondre. Certes l’histoire compliquée du pays, les guerres civiles, et les alternances de religions (successivement hindous et bouddhistes, l’un détruisant les œuvres de l’autre systématiquement) n’a pas aidé à la préservation du site. Mais quand même, on observe bien sur ces photos que les bâtiments tiennent difficilement, et qu’ils ont des soucis de stabilité.
Cadre de porte ne supportant pas les charges
Statues Bouddhistes détruites par les Hindous
Des travaux énormes de réfection sont en cours dans les temples, notamment financés par des équipes françaises et japonaises
Angkor est une région ou plusieurs temples ont été construits. En fait la population vivait et s’organisait autour de ces temples qui étaient de véritables villes, entourées de remparts. Construire un temple permettait de gagner la faveur des dieux, et devenait une espèce de joute entre génération à qui celui ferait mieux que le prédécesseur.
Le fameux Bayon
Il fait chaud, le soleil tape fort et Moni fatigue ! On finit finalement par guider le guide. Allez ! On lui en veut pas, il est gentil quand même. Il aura, tant bien que mal (c’est que Moni parle mal anglais) essayé de nous expliqué l’histoire des Dieux qui sont représentés sur les gravures d’Angkor Wat (temple majeur de la région).
Nous avec Moni !!!
Vishnu, protecteur de l’univers, réunis dieux et démons pour obtenir le nectar d’immortalité (à l’époque ils n’étaient que mortels). Des herbes magiques furent versées dans la mer, et la tortue Kurma souleva le mont Mandara. Tous enroulèrent le démon Vasuki autour du Mandara, puis les dieux tirant d’un côté (queue du serpent) et démons de l’autre (tête du serpent), firent tourner la montagne sur elle-même pour baratter la mer de lait. Mille ans après, des trésors commencèrent à apparaître (dont les nymphes célestes appelées Apsaras), et les démons récupérèrent l’élixir d’immortalité. Vishnou se transforma en une femme magnifique (Mohini) pour les distraire et le récupérer. Les dieux s’imposèrent, mais un des démon, Rahu, réussit à y tremper les lèvres. Il est depuis responsable des éclipses (car il avale la lune et le soleil).
Visiter Angkor revient à ne visiter qu’une petite partie de la région. Quoi de mieux que de prendre alors un vélo et de se perdre dans la campagne, au milieu des rizières et des villageois. Des enfants nageant dans les ruisseaux, aux pécheurs, l’immersion est totale. Nous sympathisons même avec une petite fille contente de pratiquer son anglais et de nous expliquer comment fonctionne sa machine à faire le riz.
Oui les Cambodgiens sont accueillants, leurs sourires nous font presque oublier l’état de la route, très très tape cul ! Il faut dire que les vélos sont primaires, les selles rigides, et les trous … nombreux !
Le temps qui nous est imparti dans le pays est court, afin de pouvoir passer quelques temps dans la capitale, Phnom Penh, nous décidons sans plus tarder de prendre un taxi. Manquant de peu de repartir avec un petit enfant cambodgien (ils sont tellement craquants), nous retrouvons nos amis Turcs, pour un voyage groupé ! Pour gagner du temps, nous voyageons de nuit. 5 heures de route pour relier Siem Reap à Phnom Penh, même si la route est en bon état, notre chauffeur l’est plutôt moins et s’endort au volant. Une bière ou deux lui permettent de nous mener à bon port.
Il faut dire les choses telles qu’elles le sont. Si le Cambodge nous a enchanté depuis le début, Phnom Penh est moche ! Ville mal développée, assez étalée, la visite aurait été parfaitement inintéressante si nous n’avions pas eu notre chauffeur de moto aussi pimpant. Assez maigrelet, mais tout dynamique (et bien imbibé la nuit !), il nous a amené un peu partout, à trois sur sa moto.
Si la ville possède un joli palais royal, l’intérêt majeur réside dans l’histoire qu’elle nous raconte, et comment elle met en lumière l’horreur Khmer.
Palais Royal de Phnom Penh
Le Cambodge est un pays torturé. Sans n’avoir jamais rien demandé à personne, le pays s’est retrouvé au milieu d’un combat qui n’était pas le sien : au proie entre les Américains présents au Vietnam pour lutter contre des communistes, qui eux, ont décidé de passer par le Cambodge pour prendre les Américains à revers. Le Roi dépassé par les événements fuit, et se constitue une armée, les Khmers Rouges, pour sauver son pays (il s’agit alors de lutter contre le gouvernement de Lol Non que met en place les USA à Phnom Penh pour contrôler le pays). Alors qu’il y parvient, les Khmers se soulève soudainement, et décide d’entreprendre une purification totale du pays. Il s’agit d’éliminer tout ce qui aurait pu avoir un lien avec les combats passés et faire retrouver aux pays les valeurs originelles. Cette armée est responsable d’un génocide, proportionnellement encore plus dramatique que celui fait par les nazis, tuant plus de 2 millions de cambodgiens sur une population qui en compte 10 ! C’est elle qui, en une journée, vida complètement la capitale de TOUS ses habitants, les renvoyant travailler dans les campagnes (les soldats massacraient même les gros sous prétextes que s’ils étaient gros, ils ne devaient pas travailler beaucoup, tuer un innocent valaient mieux que de laisser un ennemi en vie …)
Règlement interne dans les camps de concentration
Le roi de nouveau dépassé par les événements, ne maîtrisant plus ni son armée, ni son gouvernement se retrouve prisonnier pendant trois ans dans son propre palais. Le pays est donc livré à lui-même, jusqu’à l’arrivée des Vietnamiens. Rempli de mines (posés par les Khmers, au moment de leur débâcle, dans le but de mutiler les paysans et d’empêcher les récoltes), le pays est dans une situation politique assez complexe, où à l’heure actuelle, le roi gouverne sans gouverner. Le véritable dirigeant est un ancien Khmer repenti. La corruption est les imbroglios politiques ne permettent aujourd’hui pas de faire le procès des horreurs passées. Se balader dans les anciens camps de concentration, voir les champs d’exécution donne pourtant la chair de poule. On a du mal à imaginer qu’un peuple aussi pacifiste devienne victime de tant d’atrocité. Savoir en plus que les coupables de ces horreurs ne seront probablement jamais jugés interpelle un peu plus nos sentiments.
C’est sur un ton d’amertume que nous gagnons, par avion, un pays qui au milieu de tous ces pays en guerre (Chine, Vietnam, Cambodge, Thaïlande) et resté à l’écart de tous ces conflits : le Laos.




















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