Saturday, December 06, 2008

Laos

Le Laos


En mettant notre premier pas à Vientiane, nous saisissons immédiatement le niveau de vie du pays. Pas d’immeubles, une vie commerçante articulée autour de trois petites rues, le tout baignant paisiblement sur les rives du Mékong.

Ici, l’esprit du Laos vous envahit : simplicité, douceur de vivre, et quiétude sont les trois grandes maximes. D’ailleurs, au milieu des grands conflits idéologiques de la deuxième moitié du XXème siècle, le Laos a flotté au dessus de ces conflits, et a illustré les atouts d’une population résolument pacifiste.

Le pays du million d’éléphants s’annonce donc être d’une force tranquille (d’ailleurs l’éléphant est lui-même un animal tranquille !). Et pour prendre toute la notion de cela, nous décidons, avec nos amis turcs, de nous retirer dans un monastère.

Au programme : immersion dans la culture bouddhiste et séance de méditation. 15 minutes assis en tailleur à se concentrer sur rien, je dois avouer que je n’ai rien saisi du sens de ce rite. Ceci est tout aussi bien vrai pour la « walking meditation » où les gens marchent tout douuuuuuuuuuuuuuuuucement, en ne pensant à rien (pareil). Clairement j’ai préféré la partie sauna et massage. Imaginez : plongé au cœur d’une forêt tropicale remplie de bananier, une maison sur pilotis à proximité du monastère, à l’étage (complètement ouvert sur l’extérieur) une petite salle en bois (comme le reste de la construction), et à l’intérieur un nuage de vapeur produit par une chaudière au sol, parfumé d’herbes locales (excellentes pour la santé, bien sur !). Plus loin, quelques matelas allongés pour faire table de massage.

Dans ce petit pays (grand comme la France malgré tout) de 6 millions d’habitants, Vientiane fait pale figure de capitale : un palais présidentiel vide, aucun centre commercial, on se demande clairement où se déroule l’activité politique et économique du pays. Seuls quelques touristes se promènent autour de monuments majeurs (temples, palais, stuppa noir, patuxai, musée, …).

Un des plus fameux temple de la ville

Eh oui ! Il y a des Bouddhas femmes

Le fameux Patuxai (arc de triomphe local)

Après avoir bouclé le tout en une journée, nous partons à la traversée du pays, en sleeping bus. Allongés sur des couchettes dans le bus, on ne peut pas dire que la nuit ait été excellente : déjà parce que les draps sont tellement sales et gras, qu’en les enroulant on peut extraire de l’huile, ensuite parce qu’être allongé dans un bus dans le sens de la marche provoque beaucoup de mouvements.

C’est donc après avoir passé une nuit bien courte que nous gagnons Pakse, puis la région des 4000 îles. A cet endroit le Mékong s’élargit, et abrite une multitude de petites îles. La plupart sont isolées d’un rivage déjà très peu alimenté en électricité.

Peu ou pas, finalement quelle différence ? Dans ces îles, seuls les groupes électrogènes peuvent fournir de l’énergie, et ceux-ci n’ont le droit de fonctionner que de 18h à 22h. Autant dire que la nourriture se doit d’être fraîche, et que vous pouvez oublier tous ventilateurs ou prises antimoustique après 22h. Or il fait chaud, très chaud, et finalement seul la douche (froide ça va sans dire, ça a été le cas quasiment tout le long du voyage …) permet de se rafraîchir. A cette heure, donc, la vie s’arrête, les îles sont entièrement plongées dans le noir, et ont pour seuls éclairages la lune et les étoiles. Autant dire qu’il vaut mieux éviter les problèmes la nuit … Mais qu’en est-il de vivre tel un Robinson Crusoe, quand, finalement, on en retire aussi tous les avantages : petite chambre sur pilotis au bord du mékong, et plongés dans une végétation très luxuriante.

La visite de ces îles aura été pour le moins, étonnante : des enfants jouant (très sérieusement) à la pétanque (on voit l’héritage Français), des rizières bien garnies, mais aussi des dauphins d’eau douce nageant dans les eaux internationales (entre Cambodge et Laos). Ces dauphins sont d’ailleurs plutôt moches car ils ont un bout du nez tout rond, et donnent l’impression d’avoir été mal finis.

Appréciable aussi les balades en pirogue (tellement fines qu’elles manquent de se renverser à chaque instant), qui font beaucoup d’aller retour entre le continent et les îles, et qui nous dévoilent ce paysage merveilleux.

On ne le répétera jamais assez, mais qu’est-ce que les Laotiens sont tranquilles …

A notre sortie nous remontons ensuite vers le berceau Khmer Laotiens : le temple de Wat Phou. La légende dit que les deux architectes (celui de Wat Phou et celui d’Angkor Wat) s’étaient donnés un défi à celui qui terminerait son temple en premier, et qu’en entendant la sirène d’Angkor, l’architecte du Wat Phou se serait pétrifié (d’où sa statue de pierre au milieu des allées).

Ce temple est assez atypique car il repose à flanc de montagne, et il faut beaucoup monter pour arriver au lieu de prière. Il y a d’ailleurs une source magique là haut dont l’eau guérit tous les meaux. On en a bu, on n’est déjà pas tombé malade, c’est finalement tout ce qu’on demandait ;-)

Le seul hic pour aller visiter ce temple, c’est qu’il faut traverser le Mékong (la rivière faisant frontière avec la Thaïlande sur presque toute sa longueur, le fleuve ne se traverse normalement pas). Et traverser le Mékong, alors qu’il n’y a pas de pont suppose une organisation particulière : des planches en bois reposant sur trois barques avec un moteur, et hop, vous avez un paquebot géant capable de vous faire traverser 12 camionnettes d’un coup. Alors c’est sur, ça penche un peu, le notre a pas coulé, c’est finalement tout ce qu’on demandait.

Oui mais voilà, dans ce pays, TOUTE l’activité s’arrête à la tombée de la nuit. Nous n’avons jamais aussi bien saisit cette notion que ce jour là ! Après notre visite du temple, et notre rentrée en vélo, tardive … nous nous sommes tout simplement retrouvés coincés du mauvais côté du Mékong. Système D oblige, nous avons du trouver une petite chambre, assez spartiate, à 2 € la nuit, pour pouvoir patienter jusqu’au matin !

Le lendemain matin de bon heure (on peut au moins ça quand on va se coucher à 21h !), nous embarquons enfin vers le plateau des Bolovens.

Le transport se fait, comme à chaque fois, dans notre bétaillère géante. A bord, nous avons le droit à toutes les joies du transport local, et nous sommes même invités (lors d’un arrêt déjeuner) à consommer des brochettes de criquets grillés. La pause déjeuner se fait de façon assez sauvage : Le Tuk Tuk s’arrête et une horde de femme avec de la nourriture se jette sur nous pour nous faire acheter.

Au deuxième tour, à nous de faire découvrir aux Laotiens des choses nouvelles : distribution générale de chewing gum dans le Tuk Tuk. Fou rires garantis, surtout lorsque nos petites mamies d'en face, ne savaient pas bien comment le prendre (sucer, croquer ou avaler!) et que finalement elles se sont senties plus ou moins encombrées avec ce qu'elles avaient dans la bouche, ne le jetant surtout pas de peur de nous offenser.

Arrivée sur le plateau donc : changement de décors. Champs de thé et de café partout, hauts arbres et chutes d'eau, on se retrouverait presque en forêt d'Amérique centrale. Notre chambre d'ailleurs était au sommet d'une de ces chutes les plus jolies : Tad Fan. Peu d'activités encore une fois, mais notre nouveau guide, armé de ses tongues et sa cigarette a eu la ferme intention de nous faire un trek de 4 h dans la région. Pari réussi, dégâts assurés : cassage de figure lors de la traversée de petits ruisseau, bouffage de pied par les sangsues locales, il faut avouer que la bonne douche chaude du soir, et la bière (surtout la bière ...) étaient appréciables.

Femmes et hommes récoltant les graines de café

L'heure c'est l'heure, et le voyage touche à sa fin. Si nous ne voulons pas rater notre avion pour Bangkok, nous devons partir maintenant. C'est au son des Toke Toke Toke Mah Mah Mah (comprennes qui pourra) que nous nous dirigeons vers la frontière Lao-Thaï.

Rater notre avion disais-je ? Mais non pas possible, surtout quand on lit sur le billet que l'enregistrement est à 18h30, alors que c'est bien l'heure du décollage qui y figure. Alors qu'est-ce qui se passe à Ubon lorsque vous arrivez à 18h45, pour un avion qui décolle à 18h30 ? Eh bien, c'était du jamais vu, mais TOUT l'aéroport vous attend : nous nous sommes fait attraper par les agents de sécurité à la sortie du Tuk Tuk, avons franchis les contrôles de sécurité en une minute (malgré tous les bips ...), et amèrement accueilli par le pilote à la porte de l'appareil. A l'intérieur, TOUS les passagers sagement assis, porte bagage fermés, consignes de décollage données : près de 150 personnes en train de nous attendre ... Non non, on n'a pas rêvé, on s'est assis, la porte s'est fermé, nous avons décollé ...

En route donc vers de nouvelles aventures dans le nouveau monde. De tout ce voyage nous avons clairement préféré le Laos : plus isolé, plus simple, plus ouvert (et très francisé par ailleurs) et tellement généreux. Etre là bas, c'est avoir changé de planète, et vouloir y rester.

Passer donc y faire un tour à l'occasion, Ramdi vous y préparera un petit plat local bien épicé.

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