Trek au Népal
Qui suis-je, où vais-je, dans quel état j’erre ?
Voilà des questions que nous nous posons souvent, et auxquelles trouver des réponses permet d’avancer mieux et progresser. En cette période de changement de travail, ces questions me sont plus que jamais d’actualité.
Quoi de mieux alors que le calme des montagnes pour trouver la voie de la sagesse … et ou mieux qu’ailleurs aller la chercher : dans l’Himalaya.
C’est qu’il s’agit de ne pas faire les choses à moitié : à grands problèmes, grands moyens ! Je m’envole donc avec Pierre (mon compagnon de route pour ces deux semaines de trek) au Népal.
Notre point de base : Katmandou. La ville et sa région valant la peine d’y consacrer plusieurs jours de visite, nous y reviendrons après le trek. Pour l’heure place à la préparation : trousse de médicaments armée, préparation physique, mentale, et médicale contre le mal des montagnes, sac de couchage rangé et chaussures de marche aux pieds, nous sommes partis !
Nous allons marcher dans la région du Langtang (Nord de Katmandou) autour des lacs sacrés de Gosaikund. Nous partons avec un guide : Wang Chiu, un porteur : Muscan (ce qui veut dire sourire en Népalais) et un couple franco népalais très peace dans l’âme, tout droit sorti des années 70 (enfin de Katmandou quoi !). Notre équipée est vraiment sympathique et nous avons la chance d’avoir un porteur affectueux ... Après l’avoir déridé un peu, nous nous sommes aperçu en effet que Muscan aimait beaucoup les caresses. Ses petits cris de souris Mickey ont largement agrémenté nos soirées autour du poêle ! Malgré tout ça reste un sacré gaillard de 19 ans (pas bien grand du fait) qui nous aura porté nos 20 kgs de bagages de haut en bas (et il y en a eu des hauts et des bas !!)
Wang Chiu, lui est plus cool (il faut dire qu’il ne porte pas grand chose, et que la montagne ça le connait … c’est le principe du guide en même temps). Il est très porté sur les filles (et peut être un peu sur Muscan aussi d’ailleurs …). Les endroits que nous fréquentons sont donc très souvent tenus par une gente féminine …jeune !
L’équipe en place, nous partons dans un bus local qui va nous mener à notre point de départ : la ville de Dunche 1800 m d’altitude.
Deux chiffres pour résumer le voyage : 8h de trajet, 100 km. L’état des routes est déplorable, et gravir la montagne dans un bus … usé s’avère difficile. Celui-ci n’est pas bien grand mais bien rempli : 25 places assises pour 50 personnes à l’intérieur, et tout autant sur le toit. C’est dans des fauteuils en dur, étroit, les genoux dans le menton que nous voyageons. Le transport est « local », donc plein de montagnards Népalais qui rentrent chez eux. Autant dire que ça sent le yack, et comme je suis chanceux, mon voisin de couloir arborait une belle veste, bien grasse, pleine de mouches … collées !
Le bus, quant à lui, roule, mais arrive en fin de vie … bien évidement en pleine montagne un des pneus explose. A vrai dire ce n’est pas bien grave puisqu’il y en a 3 autres, et de toute façon la roue de secours est dégonflée, … elle n’avait aucune raison de servir apparemment.
C’est donc à bord d’un bus « handicapé » que nous attaquons la partie difficile du trajet : conduite sur un chemin en gravier, à flanc de montagne (1000 m de dénivelés sous les yeux !), avec des descentes raides. Le bus, tout en oscillant de gauche à droite au dessus du vide du fait de la route défoncée, alterne entre freinage difficile, blocage des roues et dérapage contrôlé. Oui, pour la première fois de ma vie j’ai eu peur en bus, et fermer les yeux n’enlève rien aux sensations !
Avant de commencer le sport, nous avons le droit à une bonne nuit de repos. L’auberge reste d’un confort sommaire, mais dispose d’eau et d’électricité, ce qui ne restera pas une constante pendant notre voyage. Le soir nous découvrons un plat typique local : le Dal Bat (qui veut textuellement dire Lentilles Riz). Nous sommes encore loin de nous douter que ce plat sera notre pire cauchemar : les Népalais ne mangent QUE ça matin, midi et soir, et ils adorent ce plat. Ils le déclinent sous différentes formes, et comparent la qualité de ce plat entre les différentes maisons. Personnellement, cela reste toujours du riz et des lentilles, et l’overdose est très vite montée … Gravir 4000 m d’altitude avec ça pour seule source d’alimentation s’est révélé être LE défi du trek (c’est que nous sommes confronté à la loi terrible du « 1 item » par repas)!
Le premier jour de marche est facile : le dénivelé est faible, il s’agit surtout de s’échauffer et de s’acclimater à l’altitude. Sportivement, ce sont les jours suivant qui s’annoncent ardus : 1000 m de dénivelés à gravir par jour (pour arriver jusque 4700 m au point culminant). Au dessus de 4000 m, le climat change brusquement, la végétation disparaît et l’atmosphère se fait rare. Même si notre condition physique reste bonne, nous devons marcher doucement, afin de s’économiser, de ne pas contracter le mal d’altitude, surtout que l’apport en viande et en sucre reste limité pendant le séjour !!!
Il faut rester concentré, car malgré tout, nous sommes paumés en pleine montagne, les villages sont toujours à plusieurs heures de marche, et l’objectif n’est pas de se faire rapatrier en hélico !
Heureusement, pour les moments de réconfort, nous pouvons compter sur nos hôtes. Les Népalais ont un sens de l’accueil développé, et nous ont toujours reçus comme leur propre famille. Le meilleur souvenir sera la nuit passée dans un village sherpas où nous avons partagé, à plusieurs reprises le verre de l’amitié avec un vieux couple nous hébergeant. Alors que ce jour-ci nous avions touché le fond, notre guide-cuisto et la maitresse de maison nous ont préparé un poulet, bonheur suprême (pour la première fois en une semaine nous mangeons de la viande). A part la tête, il n’en est rien resté : ailes, cuisses et blanc dans nos assiettes, peau dans les momos (sortes de raviolis chinois), abats grillés en apéro, et le reste (pieds …) mijotés dans une soupe !
Voilà bien tout l’intérêt dans trek dans l’Himalaya : c’est le passage de village en village, les sourires échangés avec les enfants partant à l’école (et il y en a des gamins dans ce pays, il doit y en avoir 3 pour un adulte !), la rencontre des paysans, le partage que nous avons à dormir et manger avec eux, la découverte de leur mode de vie autarcique ! Voilà toute la richesse d’un tel voyage, qui se raconte difficilement, qui se vit, et surtout qui se mérite !
Ajouter à toutes ces rencontres, la visite de sites tels une fromagerie de yack (à ne pas consommer, honnêtement, c’est pas bon et ça tourne dans le sac !), des petits monastères, le tout plongé dans une nature extraordinaire. Imaginez des rhododendrons rouges, roses et blancs, tous en fleur et à perte de vue, les cigales à 2000 m, des forêts de sapins géant à 3500 m d’altitude. Il faut monter au dessus de 4000 m pour voir la végétation disparaître et faire place à des champs de cailloux, et gravir encore 1000 m pour voir les neiges éternelles.
A 4500 m, le spectacle se dévoile d’un coup en sortant de la brume : les lacs sacrés de Gosaikund, point ultime de notre balade. Selon la légende 108 lacs (chiffre porte bonheur chez les bouddhistes) les uns à côtés des autres. Avec Pierre, nous saisissons l’occasion pour nous laver dedans (car bien sur il n’y a toujours pas d’eau, ni d’électricité dans la maison…). L’eau est froide, et pour nous réchauffer ensuite, nous devons marcher un peu (oui mais nous sommes PROPRES !!!).


Certainement le Népal offre une richesse de paysages incomparable : des paysages du sud est asiatique (rizières en terrasses, forêts de bambous) dans les vallées, au sud de la France (pins et criquets), en passant par les forêts des Landes et de sapins en Savoie … on y trouve tout son bonheur. Il s’agirait même, selon les spécialistes (Manu !!), d’une des biodiversités les plus riches du monde.

Après avoir évité les lignes électriques (qui sont basses et frôlent le toit du bus, il faut donc se jeter à plat ventre sur le toit pour passer dessous !), les baffes des bambous et bananiers sur le bord de la route, fermer les yeux au moment où le bus patine et glisse au dessus du vide, nous arrivons enfin à Katmandou. Quelques jours de repos bien mérité s’annoncent avant de repartir plus haut et plus fort !
Pensée philosophique népalaise illustrée !


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