Tuesday, July 14, 2009

Kathmandu et sa vallée

Kathmandu et sa vallée !

Avant de rentrer dans une description compliquée, d’une ville dont le nom est bien connu, laissez moi vous donner quelques pistes, qui pourront vous plonger dans l’atmosphère étrange de la capitale du Népal : repère de 68ards un peu paumés, en quête de quiétude et de fumette (donc pantalons amples et légers, dreadlocks, tatouages, piercings sont de mises pour pénétrer dans l’entre de cette agglomération), fourniture de courant limité à 8h par jour, anarchie totale, seule ville au monde où je suis tombé sérieusement malade à cause de la nourriture, désœuvrement, gentillesse et accueil de la population !

Ouvriers (féminin !!) construisant un immeuble, avec une bassine !

Oui quand on arrive à Kathmandu par avion, on se dit d’abord : « Kathmandu c’est ça ?!?!?! ». L’atterrissage nous fait survoler une zone qui semble être un bidonville géant, desservi par des routes en terre. Bref on atterrit dans un nuage de poussière et de pollution qui nous permet plus de voir bien loin.

Y pénétrer en voiture se révèle être un défi : les rues grouillent d’activité (commerçants, vélos, motos, comme à l’asiatique) mais sont particulièrement étroites, et la cohabitation est difficile. On passe une succession de petits quartiers qui font la ville, mais sans jamais y dénoter un centre ville. Les maisons sont toutes petites (l’entrée doit permettre le passage pour un homme d’une taille d’1m50), et les structures poteaux poutres en bois sont toutes sérieusement inclinées (d’un étage sur l’autre). Il semblerait que les fréquents tremblements de terre n’aident pas à la tenue des bâtiments. Enfin, à en juger par l’état de nombre d’entre eux, à la prochaine secousse, Kathmandu s’écroule !

Dans de telles conditions, il devient bien sur très très difficile de se repérer dans une la ville (malgré des plans très bien faits !). Les rues sont tellement étroites, tordues et … sans nom, que nous ne pouvons savoir plus de 5 min dans quel sens nous marchons. Non vraiment, il faut avoir habité là-bas pour se repérer. Imaginez-vous de nuit, dans les rues désertes, au milieu des chiens errants et des rats, sans éclairage public, à essayer de retrouver son chemin …

La vie au quotidien est donc parsemée de pièges ! L’une des causes majeures de ceux-ci en est l’absence d’électricité. Imaginez-vous à Paris où l’on vous dit vous n’avez le droit qu’à 8h d’électricité par jour. Oui mais … on ne vous dit pas quand : 1h par ci, 1h par là, on fait tourner le courant entre les quartiers de Kathmandu un peu comme ça arrange, et surtout comme ça vient ! Impossible de s’adapter face à ça, et donc de prévoir. Il faut donc faire très attention à la consommation de laitages, de viandes, de fruits et légumes (car les mouches qui tournent autour se glissent facilement dans votre jus de fruits … frais !), aux glaces et où pourraient se glisser des glaçons. Bref, il faut s’accoutumer à la mode locale, et manger du Dal Bat (Riz Lentilles) pour rester en bonne santé (je défie quiconque de tenir 15 jours à cette nourriture !), et boire de l’eau en bouteille.

Dans cette jungle urbaine qui mêle le grouillement des pays du sud est asiatique à une pauvreté extrême de sa population, nous trouvons finalement un havre de paix dans notre hôtel, où nous savons nous reposer et récupérer du bruit et de la bousculade, même si c’est … dans le noir. Pour la nourriture, nous avons même réussi à trouver le temple occidental de la viande : le Steak House Café. Rien à dire, seul ceux qui ont vécu cette expérience peuvent savoir quelle joie il en est de trouver un bon morceau de viande après dix jours de marche au Dal Bat. Je pense même monter une fratrie sur Facebook pour partager cette expérience unique, ce débordement d’émotions qui vous prend en une soirée !

Le pire dans cette histoire c’est que le Népal est un des pays les plus riches de la région : avec l’Himalaya, il accède à l’eau et l’électricité (par l’implantation de nombreux barrages). Oui mais voilà, le gouvernement indien tire les rennes du pays, et s’octroie (à un prix dérisoire) l’essentiel de l’énergie. Il parait alors fou de voir ces Népalais faire la queue pendant des heures pour remplir quelques bidons d’eau à une fontaine qui semble déjà bien fatiguée !

Queue de bidons à la fontaine : venir tôt le matin !

Cette difficulté à s’immerger dans le Népal, ces barrières culturelles à surmonter n’en sont pas moins le prix à payer pour accéder à de magnifiques joyaux de civilisations que la vallée a à nous offrir.

Cette vallée, perchée à 1350 m d’altitude et encerclée par les montagnes de l’Himalaya, se découpe en trois grandes villes : Kathmandu, Bhaktapur et Patan. Historiquement, la vallée aurait été divisée en trois parties par le roi de l’époque (je ne sais plus laquelle !) pour la distribuer à ses trois fils. Les villes se sont alors développées indépendamment, ayant chacune leur Durbar Square (sorte de Centre Ville avec le palais du roi et les temples).

La ville qui a gardé le plus de charme, est assez isolée de la cohue de Kathmandu, est Bhaktapur. Fermée en son centre pour les véhicules, la ville a conservé un côté très moyenâgeux, et une authenticité de ses monuments. La ville semble fonctionner en autarcie, et possède des nombreux artisans aux pratiques ancestrales (notamment beaucoup de potiers qui tournent la terre aux pieds, et la cuise au feu sous la paille, mais aussi de peintres de Tangkha).

Patan abrite un musée inégalable (par sa clarté et ses explications) dans tout le reste de l’Asie. Il vaut le détour si vous passez dans le coin, et nous explique les origines du l’Hindouisme, du Bouddhisme, les significations des différents Dieux et de leurs positions. Ce musée nous montre comment le Népal est le berceau de ces civilisations qui ont ensuite rayonnées en Inde et au Tibet.

Enfin, Kathmandu, gigantesque par ses distances, est le cœur de la vie active du pays.

Le monument incontournable à visiter reste le Pashupatinath : sorte de complexe hindouiste où l’on vit et l’on meurt. Il y a des temples (dont l’entrée reste toujours réservée aux hindous), des lieux de prières, un hôpital : en haut se trouvent les blessés légers, en bas les mourants. Des stèles sont directement installées sur les bords de la rivière qui traversent le complexe, et l’on y vient déposer les corps emmaillotés pour les brûler et disperser leurs cendres dans le fleuve. Le spectacle est public et continu (première fois de ma vie que je voyais des incinérations en directe avec la chair qui brûle en faisant des bulles). Bien sur les cendres volent partout et on se masque la bouche pour éviter dans respirer.

Plus bas des gamins se baignent dans ce fleuve immonde, et les restes humains flottent ! Au milieu des ruelles passent vaches et singes en liberté.

Kathmandu est donc une ville essentiellement hindoue, et finalement les Bouddhistes se retrouvent cantonnés dans leur complexe : le Boddanath, sorte de petite ville articulée autour d’un stupa géant (un dôme blanc, d’une base de 100 m, surmonté d’une stèle dorée avec des yeux qui vous regardent), et qui regroupe près de 30 monastères.

Enfin, parce qu’un peu de douceur est nécessaire dans ce monde de brut, nous passons avec plaisir la balade au milieu des lilas, qui nous mène après une rude montée au Swayambunath. Le temple est basique, mais la vue magnifique sur l’ensemble de Kathmandu. C’est là que l’on prend la dimension de l’étendu de la ville et de l’ampleur des dégâts …


Kathmandu est donc une ville qui dévoile un passé riche et se révèle être le berceau des civilisations des pays qui l’entourent. Malheureusement la ville est devenue désespérément pauvre, et les différents gouvernements ne parviennent pas à gérer les ressources du pays et à se les approprier. Quand on se balade dans la ville, le sentiment de désorganisation (routes, réseau électrique, canalisations …) est tel que l’on est vite amené à penser qu’il faille tout raser pour reconstruire mieux. Relever le niveau vivable de la ville est donc un véritable défi. Au milieu de tout ça, et malgré toutes les bonnes volontés du monde, le gouvernement maoïste en place, se fait tirer les ficelles par l’Inde qui est le véritable décideur économique de la région (voilà une explication politique à la frayeur de la Chine de voir l’Inde si près de ses frontières, et leur nécessité à vouloir garder le Tibet pour s’assurer une protection en face du Népal, et surveiller le régime économique du pays !). Récemment (un jour avant mon départ), les Indiens ont obtenu la démission du premier ministre népalais. Révoltes et colères sont montées dans les rues, et je me suis retrouvé au milieu de manifestations géantes.

Si les Népalais manifestent paisiblement, la tension est réellement palpable, et la présence de l’armée en gilet pare balles à tous les coins de rue le démontre. Le moment est donc bien choisi pour continuer l’aventure et se diriger vers l’Inde !

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